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 Ekna, Harpie en exil [fiche terminée]

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Ekna

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Age : 29

MessageSujet: Ekna, Harpie en exil [fiche terminée]   Dim 30 Mar - 17:23

Prénom : Ekna
Sexe : Masculin
Race : Harpie
Age : n'a pas vu passer son dix-huitième été

Profession : Matelot (vigie et éclaireur)



Apparence physique

Il est dit des Harpies de Sargiras que ce sont des êtres sauvages, triviaux et cruels, notamment parce que tout être vivant passant sous leur nez – humains compris – leur sont potentiellement des proies. Les marins les considèrent tels des hérauts de l'Esprit de ce Monde, insaisissables, inaliénables, mais l'on oublie fâcheusement de ce qui effraie d'autant plus les hommes quand ils ont l'opportunité d'en rencontrer, à savoir, au delà de leur apparente bestialité, l'on ne peut que remarquer à quelle point elles semblent humaines.

En ce qui concerne Ekna, l'on serait troublé de voir jusqu'où cela est vrai à son sujet ; en dépit de son plumage d'un vert de jade, rappelant le col du manteau que porte le firmament une fois que le soleil a dépassé l'horizon et qu'il ne s'enfonce dans les eaux sombres, de son corps élancé et de ses serres meurtrières relevant sans équivoque du rapace, il demeure perturbant de contempler ce visage juvénile, aux traits raffinés et presque irréels.

La peau claire et immaculée s'échappant de son épais plumage, posée sur un corps svelte et criant de santé, se profilait sous des yeux fauves, semblant scintiller depuis les ténèbres laissés là par une crinière de fins cheveux d'un jaune pastel aux étonnants reflets écarlates, un rictus, démontrant une malice et une arrogance certaines.


Caractère et défauts

Cette Harpie aux airs convaincus reste jusqu'alors plus observatrice qu'actrice en cette civilisation “humaine”, lui étant aussi inconnue qu'elle n'est cosmopolite, s'étonnant de tout, y compris de ce qui n'est plus qu'anodin, voire invisible aux yeux des autres.

Ekna n'en est pas pour autant un être innocent et sans défenses, dans ce tohu-bohu puant l'alcool et la crasse que sont le quartier Ouest et le quartier Marchand, et s'il cherche encore un équipage, le commun des mortels évite, lui, de le chercher. D'un naturel revanchard et trompeur, il est tout à fait envisageable qu'il ne vous envoie vers un danger mortel si jamais vous avez le malheur de le contrarier.

Il peut néanmoins se révéler un compagnon agréable et attentionné, observant, écoutant et tentant de comprendre son entourage, tant pas curiosité que par un élan de bienveillance. Cette tendance, couplée à l'intérêt que l'on porte à son espèce, font qu'on puisse très rapidement l'apprécier, pour autant qu'on ne lui froisse pas l'aile.

Or, si une facette de son comportement peu paraître monstrueuse depuis un regard extérieur, c'est bien qu'il puisse vous apprécier autant mort que vif. Il lui est en effet arrivé, après s'être fait un compagnon sur le navire qui le mena à Clavinia, de le dévorer après son décès, résultant d'un abordage des plus meurtriers. Pour cela, la Harpie s'attira l'inimitié de l'équipage qui l'avait recueillit, les matelots voyant d'un mauvais œil l'idée de finir dans l'estomac du volatile si jamais il leur arrivait malheur … Pour sa part, Ekna considère cette pratique comme des plus appropriées ; de la viande reste de la viande, d'où qu'elle puisse provenir, et laisser se vicier sous terre ou dans les abysses une chair si exquise serait un terrible gâchis, voire même un sacrilège.


Histoire

Sur l'île de Sargiras, au climat si inhospitalier, la vie d'une Harpie se résumait à bien peu de choses en définitive. L'on chassait, en bande, afin de pourvoir aux besoins de la communauté, ou encore l'on chantait, en chœurs pour la grande majorité des Harpies, et si la Nature avait doté certains individus d'une voix enchanteresse, l'on ne leur portait point rigueur de s'isoler, pour des chants plus intimes et profondément bouleversants.

Le reste du temps, l'on pouvait observer débats et contestations – dépassant fréquemment le simple échange de mots – de la part de sages ou de poètes comme de femelles mises à mal par l'infidélité de leur conjoint, ou bien les enfants, encadrés par leurs aînés, grandissant et s'épanouissant à travers contes et chants, jeux d'adresse et inculcation de l'usage des ailes et autres organes de vol, dans un fond de compétition emplie de vanité et d'une certaine malveillance, se déroulant sous le regard distrait d'un façonnier, entreprenant de ses serres de produire qui un bijoux, qui un objet usuel, de bois, de pierre et même de cuir, d'os et de plumes.

Or, et n'ayant connu que cela, Ekna se languissait de ces banalités. Chanter du coucher au lever ? Il ne possédait pas une voix des plus mélodieuses, quoi qu’intéressante en soi, mais manquait souvent d'inspiration ou de plaisir à l'ouvrage. La chasse, pourtant divertissante, devenait par trop prévisible, selon la proie, et quand bien la récompense se montrait savoureuse, la jeune Harpie lui préférait le doux contentement de se laisser porter par les thermiques ; quitte à s'ennuyer, plutôt que ce soit agréable qu'éreintant.

Plus délectable passe-temps, de semer la discorde auprès des siens était devenu un art que l'espiègle volatile ne manquait point d'employer auprès des bas esprits, contemplant alors son œuvre tonitruante et haineuse avec un mélange de sentiment de supériorité et de mépris amusé.

Pourtant, le plaisir dégagé de ce travers ne valait pas le vif intérêt que portait Ekna pour l'inconnu, ce qui attirait souventefois l'oiseau loin du nid, parcourant plus ou moins à sa guise l'île, un jour visitant l'épave de navire qui trônait en catastrophe sur un tapis de rocs, suite à un lointain naufrage, et imaginant la vie que les squelettes le peuplant pouvaient bien mener sur les mers, un autre ventre à terre, observant en contrebas, d'un œil tantôt hargneux, tantôt affectueux les ennemis naturels de ses pairs, ces reptiles couverts de verroteries, semblant à la fois si proches et si éloignés pourtant, de par leurs mœurs tant que par leur morphologie … Bien entendu, il arrivait fréquemment à la Harpie de manger du Naga, or cela ne l'empêchait pas pour autant de tenter de comprendre ce peuple rampant, tentant de mettre de côté des siècles d'animosité et de préjugés.

Or, ce qui devait arriver à force de vagabonder en des lieux incongrus, faisant fi des interdits et des recommandations, arriva ; un groupe de chasseuses, aux serres chargées de gibier, le surprirent à son insu alors qu'il pénétrait dans une antique ruine Naga, et partirent immédiatement le signaler.

Alors que le soleil léchait l'horizon de ses flammes rougeoyantes, et que le manteau étoilé se dessinait au firmament, l'on avait convié au sommet du Pic des Anciens une grande part de la colonie, et nombreux avaient répondu à l'appel. Rares étaient les sessions ouvertes, aussi ne savait-on vraiment à quoi s'attendre. Une muette attente laissant place à l'exaspération, quelques poètes se permirent d'entamer des chants, dont la pureté et la sublime occupèrent les esprits agités, or rien n'y faisait, la nuit tombait, et l'on dû allumer un feu, alors que le conseil restait de marbre.

Enfin, trois Harpies arrivèrent de l'intérieur de l'île, et se posèrent au milieu du cercle de leurs frères et sœurs. La première, le visage grave, sous une longue chevelure de jais serpentant jusqu'à sa poitrine, le pennage ocre, s'inclina avec respect face aux doyens, avant d'expliquer son retard.

“Nous l'avons finalement trouvé, en train de paresser au-dessus d'un nid de Rampants.
– Je ne paressais pas, j'observais.”


Le jeune blondin, qui avait suivi de près son aînée, semblait s'étonner de la scène, ne comprenant pas vraiment ce que pouvait bien faire l'ensemble de la communauté en ce lieu habituellement réservé au Conseil, et percevant les regards braqués sur sa personne, se sentait mal à l'aise.

“Silence !”

Bondissant d'où elle siégeait, une vieille furie borgne et à la peau flétrie se mit à tourner autour du sujet de litige, l’œil mauvais, ses plumes lavande gonflées sous l'emprise de la colère.

“Eh bien, oisillon, te doutes-tu de la raison pour laquelle nous sommes tous réunis ce soir ?”

Ekna, sur le moment, aurait presque pu répliquer un arrogant “pour chanter ?”, s'il n'avait point deviné que quoi qu'il se fut passé, on lui reprochait quelque chose d'extrêmement sérieux. Aussi, plutôt que de donner la moindre réponse hasardeuse ou bien de relever le surnom infantilisant que l'on venait de lui donner, et pour une des rares fois de sa vie, il resta muet, patientant, non sans chercher des yeux un indice dans les environs qui puisse le mettre sur la voie.

“Non ?
– … N … Non.”


Exaspérée, la vieille Harpie remonta de quelques battements d'ailes sur son rocher, avant de se lancer dans un discours, qui, s'il n'avait point concerné le garçon, l'aurait totalement désintéressé.

“La raison est ton infâme comportement. Tu ne participes presque plus aux chœurs, passant jusqu'à un cycle lunaire sans chanter. On ne te vois pas plus à la chasse or tu ne sembles pas gêné pour te servir sur le gibier, et alors qu'on ne sait où tu passes tes journées, l'on vient de nous rapporter que tu t'étais rendu en territoire ennemi.”

Sur l'instant, Ekna resta figé, ne sachant trop quoi répondre aux accusations, et pourtant une part de lui se sentait particulièrement révoltée par les allusions de traîtrise qu'on lui faisait, ce qui l'incita à contre-attaquer, sur un ton faussement calme.

“Pour ce qui est du chant, tous ceux m'ayant entendu réciter le moindre vers pourront vous dire que ma voix n'a rien d'exceptionnel, aussi les chœurs n'ont que peu à perdre de mon absence.”

Marquant une pause, dévisageant la doyenne, qui, jusqu'alors tolérait son intervention, le volatile prit une profonde inspiration et reprit de plus bel.

“En ce qui concerne la chasse, je suis fautif, et je n'ai point d'excuses à présenter. C'est une tâche que j'apprécie, mais …
– On ne te demande pas d'apprécier ou non de chasser. La colonie a besoin de nourriture, non pas de paresseux mettant des conditions sur ce qu'ils désirent ou non faire, qui grappillent dans nos réserves et qui par dessus tout se rendent coupables de perfidie en traitant avec les Naga !
– T … Traiter avec les Naga ?!”


Ce fut à cet instant que la situation échappa à tout contrôle, les deux partis perdant leur sang-froid, et suite au chaos qui suivit, Ekna n'eut d'autre alternative que de s'enfuir, manquant d'être mutilé de fort peu. Désemparé, se sentant profondément humilié d'avoir été menacé de mort par son propre peuple, et hui d'en être chassé, tel un meurtrier, sans avoir l'opportunité d'expliquer sa position, la Harpie volait à s'en arracher les ailes, persuadée d'être poursuivie par quelque ancien visage familier, qui dorénavant ne souhaitait que son trépas ; c'est en ces circonstances que le fugitif ne se rendit compte qu'il se dirigeait droit sur une tempête naissante …

***

“Capitaine, y s'réveille enfin !”

La personne de l'autre côté de la porte tapait quelque peu à regrets sur le panneau de bois, alors que le balancement du navire n'était ponctué dans cette cabine des plus encombrées et des plus sombres à cette heure tardive que par les ronflements de son occupant, un gros bonhomme au teint hâlé, la barbe brune bouclant sous un nez large et grossier.

Grommelant, le bras posé sur son crâne poli, alors que l'un de ses matelots, n'osant point pénétrer dans son antre continuait de l'appeler, l'homme d'âge mûr se redressa, l'air renfrogné, avant de se diriger d'un pas pesant vers le couloir, tournant la poignée maladroitement, avant de tomber nez-à-nez – ou, si l'on tentait de respecter les proportion des deux marins, menton-à-front – avec l'assistant du médecin de bord, un gars un peu simplet, mais qui avait un certain talent pour manier le fer blanc avec précision ou pour tenir un patient en pleine opération chirurgicale.

“Le … garçon-oiseau, y s'est réveillé, et y fait tout un r'mu ménage pour sortir d'le cabinet d'le Doc … Y m'a même griffé ! L'a pas l'air, comme on dit, commode … Capitaine.”

Écartant du bras le membre de son équipage, blessé à l'épaule d'une belle et nette paire d'estafilades, le barbu ventripotent grogna en empruntant le chemin vers les quartiers du docteur Harper, pieds nus sur les lames de bois lustré.

Devant ladite porte, trois solides gaillards semblaient sous tension, l'un armé d'un sabre, les deux autres bloquant de leur masse et de leurs muscles l'accès – tandis que des cris stridents et des crissements sur le bois retentissaient dans la pièce exiguë – alors qu'un petit vieux aux lorgnons de travers reprenait à grandes peines son souffle sur les marches d'escalier menant au pont supérieur. Le seul et unique maître à bord, s'avançant d'un pas décidé à la rencontre de son second – qui baissa son arme en cette occasion – s'exprima alors d'une voix rauque bien que mesurée.

“La Harpie fait des siennes ?
– D'après Harper, elle a paniqué au moment où elle a ouvert les yeux. Il affirme qu'elle a essayé de le mordre, et il en est encore tout retourné.”


Loin de ralentir la cadence pour si peu, le loup de mer fouilla dans son veston élimé et en sortit une montre à gousset, qu'il rangea après avoir eu l'air de faire de muettes conclusions.

“Anthion, va me chercher un seau de harengs, frais … et un remontant pour notre vieil ami, il y a bien droit.
– Bien Capitaine.”


***

“Où est-il ?
– Ferdinand et Sloan sont en train d'essayer de lui apprendre à jouer aux dés, mais j'ai bien peur qu'ils se soient attaqué à un obstacle de taille. La Harpie ne semble pas comprendre ce qu'ils lui racontent, et il est probable qu'elle ne sache pas plus compter qu'eux …
– Bah, tant qu'ils sont focalisés sur des dés, ils ne font de mal à personne …”


Se grattant le collier, alors qu'il paraissait se poser de nombreuses questions, le Capitaine de la Belle-de-Nuit arpenta sa cabine, faisant mine de chercher du regard une chose en particulier, ce qui dans ce dépotoir sans nom n'était point une mince affaire.

“A quoi pensez-vous ?
– Le gamin est loin d'être aussi bête qu'il ne cherche à nous faire croire. Il faudra se montrer prudent.”


***

Deux longs mois venaient de s'écouler sur l'antique caraque chargée d'épices et de tapis, et il ne se passait pas un jour sans que Vassil Mladenov, le marchand qui avait pris à son compte ces marins peu scrupuleux, ne vérifie ses marchandises, craignant visiblement de se faire voler par l'équipage.

Matin comme soir, il feuilletait fébrilement son livre de comptes, tout en écumant les cales, une lanterne à la main, tel si ses propres biens risquaient de lui jouer un mauvais tour, se faufilant dans son dos pour aller se jeter par dessus bord. Et le fait de ne plus avoir le moindre sou en poche ne devait pas être étranger à cette paranoïa, qui n'avait de cesse de grandir au fur et à mesure que le navire tardait à arriver à bon port, le capitaine étant malade, et le voyage se voyant ponctué de nombreuses escales ; ces sacs pleins, ces tapis exotiques, roulés sur eux-mêmes … c'était tout ce qui lui restait pour se refaire. Or, tandis que de lointains coups de canons rugissaient, son sang ne fit qu'un tour.

Au même moment, sur le pont principal, l'on venait de voir surgir du couvert d'un îlot luxuriant un galion arborant un pavillon constitué d'une pièce de tissu pourpre cousue sur un fond noir, et représentant un crâne tenant un poignard entre ses dents, l'artillerie du pont inférieur faisant feu dans les secondes qui suivirent, tel si l'on savait d'emblée où viser. Après quelques menus réglages, ce fut au tour du pont médian.

Dans la nef, l'on essuyait les premières pertes, la coque venant d'être éventrée par endroits, le bois volant tel des feuilles mortes sous le passage de la mitraille, principalement au niveau du premier pont et du tillac, bien qu'un canon de la plage arrière venait également de rendre l'âme et que le grand mât, méchamment percuté depuis le pont inférieur, menaçait de s'effondrer. La cloche d'alarme tintait, couvrant quelque peu les ordres du second, une femme au caractère bien trempé, les cheveux taillés courts et des airs de garçon ne trompant que peu de monde.

Dans ce tumulte, l'on ne savait par quel miracle la riposte se fit aussi preste et finement menée, car il fallut moins d'une minute pour entendre la réplique, sous les conseils d'un maître canonnier faisant preuve d'un grand sang-froid, et ce malgré une infériorité criante, n'alignant que deux fois douze canons, répartis à bâbord et à tribord sur une unique plage surplombant le navire, là où l'assaillant, possédant un galion de moindre envergure, disposait de deux ponts armés du double de pièces d'artilleries, lui offrant une force de frappe plus mortelle, en dépit des quatre minutes nécessaires au rechargement.

Profitant d'un vent contraire favorable à telle manœuvre, le trois-mâts pirate entama un demi-tour, ce qui lui permettrait d'user de ses canons de tribord plus rapidement que pouvaient être rendus opérationnels ceux de bâbord, encore fumants, tout en forçant sa victime à devoir s’aligner à lui, si elle comptait pouvoir à nouveau faire mouche.

Et en effet, le tir du défenseur n'avait point été sans conséquence, la cale prenant lentement mais irrémédiablement l'eau, et l'équipage n'étant point affecté à la batterie de canons pompant frénétiquement afin d'éviter de sombrer, tandis que l'on colmatait la brèche autant que faire se pouvait. Çà et là, des infortunés gisaient, étourdis ou meurtris, baignant dans leur sang ou dans leur bile, cherchant de leur regard vitreux une aide qui ne viendrait pour certains que bien trop tard, alors que le navire se trouvait en pleine agitation, et que les impératifs se voyaient tout autres que de secourir les blessés et de donner les derniers sacrements aux morts.

La ruse du capitaine Fevzi fit ses preuves, attendu que la seconde salve réduisit à peu de chose la plage où se situait les canons de la caraque, pulvérisant par là même le mât d'artimon, qui vint se coucher sur le grand mât, déjà mis à mal, et qui de tarda pas à céder à son tour, paralysant le rafiau.

La Belle-de-Nuit ne tarda alors point à lancer l'abordage, s'accolant à l'autre bateau à l'aide de grappins et de cordages, avant que l'assaut ne soit donné. Pour sa part, Ekna, qui avait observé la bataille depuis ses prémices jusqu'alors depuis les airs, cachant sa présence aux assaillis en se plaçant en ligne de vue du soleil, restait tout pantois devant la beauté et l'ampleur de l'affrontement, face aux flammes crachées par les canons, aux débris de coque voltigeant dans le sillage des boulets, aux aspersions qu'ils produisaient tandis qu'ils manquaient leur cible et disparaissaient dans les eaux profondes. Tout cela se trouvait bien au-dessus de tout ce qu'il avait pu vivre jusqu'alors, de tout ce qu'il avait même bien pu s'imaginer à propos de l'épave qu'il explorait occasionnellement au large de l'île de Sargiras. La magnificence du spectacle se déroulant sous son regard fiévreux demeura un instant après que toute opposition ne cesse, repassant dans son esprit et ne le quittant à son grand regret qu'au moment où il atterrit sur le galion triomphant, ses comparses pirates chargeant en cale le précieux butin, composé de tonneaux de poudre, de quelques canons en état de fonctionnement, de munitions, de cordages, de vivres, des épices et des tapis du marchand, anéanti, ainsi que de quelques prisonniers de choix, en la personne du médecin de bord et de quelques marins, trop heureux d'avoir survécu pour faire les difficiles quant à se demander s'ils avaient un honneur.

Les plus courageux restèrent fidèles à la quartier-maître, allégée d'un bras par le passage d'un boulet, et on leur laissa la vie sauve, ainsi que des barques et assez de viande séchée pour tenir la semaine ; ce fut sans étonnement qu'ils prirent route vers l'île, dans leurs menues embarcations, avant que le Vigilant ne soit coulé par le fond d'un dernier tir de mitraille.

***

“Espèce de monstre !
– Du calme, Perreck. Donnez-moi ce couteau ...”


Le matelot ainsi nommé venait de se jeter sur la Harpie au plumage de jade, alors que celle-ci, penchée sur la dépouille d'un marin de son propre bord, n'était ni plus ni moins en train de dévorer sa dépouille, le ventre du malheureux ouvert à grand coups de dents.

L'oiseau de malheur, plaqué sur le ventre, la bouche dégoulinante de sang, tentait de s'échapper de l'emprise de l'homme hurlant de rage, alors que deux de ses compagnons pourtant aussi répugnés que lui, l'agrippaient solidement, protégeant le charognard dans un mélange d'effroi et de mélancolie. Anthion, se voulant apaisant, se tenait accroupi aux côtés de son subalterne, la main posée sur le poing armé, l'autre enlaçant l'épaule de son ami, en larmes.

“Allez, lâchez-le maintenant … Sloan n'aurait pas voulu que vous agissiez de la sorte. Je … je suis sûr qu'Ekna ne voulait pas … faire quoi que ce soit de néfaste.”

Se laissant désarmer, bien que réticent, le gabier étreignit son supérieur, hurlant de désespoir, alors que l'humanoïde s'extrayait à grand peine de l'emprise de l'homme, fixant dans l'incompréhension la plus complète son agresseur, et restant adossé au bastingage, haletant.

L'imposant capitaine Fevzi, les traits graves, vida un seau d'eau de mer sur le visage souillé de la créature, qui, perplexe, se mit à tressaillir, donnant l'impression d'un chien ignorant pour quelle faute l'on pouvait bien le punir. Pour sa part, l'équipage restait coi, n'arrivant à comprendre comment ils avaient pu arriver dans la plus grande ignorance jusqu'à ce dénouement macabre, un nécrophage – qu'ils appréciaient tous jusqu'alors, sans exception – cohabitant avec eux depuis quelques mois, sans qu'aucune suspicion à ce sujet n'aie pu être faite.

***

La nuit était tombée sous une chaleur écrasante, et malgré la semaine qui venait de passer, le moral de l'équipage en avait prit un sérieux coup, au point où les hommes se montraient plus calmes, plus introvertis. Bien qu'on lui laissât le loisir de se dégourdir les ailes en journée, l'être hybride se voyait enfermer sous clé dès le crépuscule, compromis imposé par le capitaine afin d'apaiser les tensions. Pourtant le jeune rapace, ne comprenant toujours pas qu'on puisse lui en vouloir pour ce dont on lui reprochait, sentait bien que l’ambiance avait changé du tout au tout, un silence troublant s'imposant sur son passage, les échanges avec les marins devenant des plus rares, alors qu'il fut constamment sollicité auparavant, y compris dans ce qui était la mise en place de l'assaut du Vigilant, plan qui n'aurait pu être rendu possible sans sa participation. Même les nouveaux marins le regardaient de cet air anxieux, qui lui faisait autant de mal.

Or, tentant de s'endormir sur le tas de feuilles de palmier séchées qui lui servait de paillasse, le claquement caractéristique de bottes sur le pont, et qui sans l'ombre d'un doute se rapprochaient de sa cellule, l'intrigua. S'en suivit un bruit de clé, et le verrou s'ouvrit, succédé par la porte.

Entrèrent alors le capitaine et son second, un rictus de soulagement peint sur le visage, alors que l'homme trapu confiait son trousseau au marin l'accompagnant.

“Nous avons délibéré. Par “nous”, j'entends tout l'équipage. Nous ne sommes plus qu'à quelques heures de Clavinia, et il a été décidé que l'on te rendait ta liberté. Cela dit, il m'a été précisé avec insistance que plus aucun de mes hommes ne voulait avoir affaire à toi. Tu es “persona non grata” sur la Belle-de-Nuit … Ce qui veut dire que dès que tu te seras envolé, il n'est pas question que tu revienne … Plus jamais.”

La Harpie fut prise d'une étreinte au niveau de la gorge, ainsi que d'un profond malaise. Elle avait eu des amis sur ce navire, avait chanté, joué et bu avec les marins à son bord, et partagé les secrets de certains de ses occupants. De se voir chasser une seconde fois par ceux qu'elle considérait comme ses pairs était douloureux, humiliant même. Et alors qu'Ekna se mettait à pleurer, les deux hommes se contentèrent de lui libérer le passage, sans lui offrir le moindre regard.

Survolant une dernière fois le galion, qui aurait fort besoin de passer par un chantier naval soit dit en passant, son ancienne mascotte et vigie se mit à entonner un mélancolique chant d'adieu, dans sa langue natale, avant de rejoindre les lumière vacillantes du port se dessinant plus au loin.


Points de compétences :


  • Chant pur I (premier pallier Harpies)
  • Rudiments de vol V (premier pallier Harpies)
  • Vision de l'aigle III (premier pallier Harpies)
  • Serres puissantes I (deuxième pallier Harpies)
  • Vol acrobatique I (deuxième pallier Harpies)


Dernière édition par Ekna le Jeu 7 Aoû - 14:50, édité 2 fois
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Angel's Dream
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MessageSujet: Re: Ekna, Harpie en exil [fiche terminée]   Dim 30 Mar - 22:35

Bonsoir et Bienvenu Ekna ^^

C'est une très belle fiche que tu nous proposes là, on voit que tu as très bien compris les avantages et inconvénients de ta race et que tu as bien saisi notre univers.

Je vais juste te donner une bonne nouvelle : Ton point en perception ne te sert à rien du tout vu que tu as déjà "vision de l'aigle"
Tu vas donc pouvoir mettre ce 5ème point ailleurs ^^

Ce détail n'empêche pas ta validation bien sûr Wink
Je te souhaite un bon jeu parmi nous et laisse place à tes aventures ^^
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Ekna

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MessageSujet: Re: Ekna, Harpie en exil [fiche terminée]   Dim 30 Mar - 22:39

Merci pour la validation ^^.

Pour le point de perception, s'il est devenu obsolète, je le place donc, en toute logique, en Vision de l'aigle (je me permets donc d'éditer mon premier poste).
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MessageSujet: Re: Ekna, Harpie en exil [fiche terminée]   

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